En parlant du bilinguisme avec François Grosjean (podcast Tea with KBC)

– Interview with Prof. em François Grosjean par Kathryn Baxter from Tea with KBC (you can find the English transcript of this interview here)

Dans un interview Prof. em. François Grosjean avec Kathryn Baxter  (podcast Tea with KBC) au sujet du bilinguisme, il partage son parcours personnel, ses théories, les principes, la définition, sa mission.

Même si la plupart de la population du monde parle – ou "utilise" – plus d'une langue chaque jour, il est frappant de voir que le monolinguisme, la personne monolingue,  soit encore considéré la norme: "ll faut changer l'attitude du public envers le bilinguisme."

Il me semble beaucoup plus important que:

"La coexistence et l'interaction de deux ou de plusieurs langues ont crée un ensemble linguistique qui n'est pas décomposable. Le bilingue a sa propre identité linguistique, qui doit être étudiée, décrite, et surtout acceptée (!) en tant que telle." (et avec bilingue on inclut aussi les personnes qui utilisent/parlent plus de deux langues!)

Le monolingue étant malheureusement la référence pour tout ce qui concerne les compétences linguistiques des bi-/multilingues, François Grosjean partage un  message important à toute personne qui utilise régulièrement deux ou plusieurs langues: ne critiquez pas vos compétences!
En fait, il ne faut pas s'inquiéter des propres capacités linguistiques!

Le fait même qu'on utilise nos langues de façon régulière devrait être suffisante à nous encourager et à nous faire sentir compétents, et, pourquoi pas, fiers de pouvoir nous exprimer en plusieurs langues!

Dans mes ateliers et réunions je partage toujours la définition de bilinguisme et de ce qu'est un bilingue que François Grosjean répète dans cet interview:

 

Le bilinguisme est l'utilisation régulière de deux ou plusieurs langues, ou dialectes (!), dans la vie de tous les jours.

– Prof. François Grosjean

 

On ne met pas l'accent sur la compétence linguistique, et non plus sur le moment où la personne acquiert ou apprend les langues!

 

 

 

Le bilinguisme est possible à tout âge

 

 

Le Principe de Complémentarité (par François Grosjean):

Les bilingues apprennent en utilisant leurs langues dans des situations différentes, avec des personnes variées, pour des objectifs distincts. Les différentes facettes de la vie requièrent différentes langues. Bien entendu, il existent des domaines et activités où il est possible de servir de plusieurs langues, mais un certain nombre de domaines d'activité sont réservés strictement à une langue.

 

Si l'on utilise une langue dans des domaines et situations bien particuliers, le vocabulaire se développera dans ces domaines.

L'exemple que Prof François Grosjean fait à propos du principe de complémentarité est ce que j'ai observé chez moi-même: J'ai appris l'histoire et la géographie en français et il m'a fallu beaucoup d'effort pour faire les liens avec les termes, les faits et les noms (!) en français et allemand ou italien (qui sont mes premières langues). Il en va de même pour la mathématique: je l'ai apprise en allemand, tandis que mes enfants l'ont apprise en anglais. Quoique le sujet soit technique et qu'on s'attend que la traduction entre les langues ne devrait pas être difficile, car les termes sont "transparents", il me semble quand-même que le transfer ne se fasse pas de façon automatique ou intuitive...

 

Le mode langagier

En tant que bilingues on navigue dans des différents modes langagiers. On peut s'imaginer un continuum qui va du mode langagier monolingue au mode langagier des bilingues qui acceptent (toutes) nos langues et qui acceptent de mélanger les langues.

Le mélange des langues est bien normal entre multilingues!

Il est important de noter que lorsqu'on est bi/multilingue et bi/multiculturel, il est difficile de rester dans un mode langagier monolingue, de se comporter d'une façon mono-culturelle.

Lorsqu'on grandit avec deux ou plusieurs langues et deux ou plusieurs cultures, on ne peut pas seulement passer d'une langue à l'autre, mais aussi d'un contexte culturel à l'autre!

 

Voici quelques avantages du bilinguisme mentionnés dans cet interview:

  • Le bilinguisme est un atout linguistique qui permet de communiquer avec des personnes de langues et de cultures différentes. 
  • Le bilinguisme ouvre l'esprit et donne des perspectives différentes.
  • Être bilingue offre plus de possibilités de travail. 
  • La personne bilingue peut lire des auteurs étrangers dans la version d'origine.
  • Le bilinguisme nous oblige à avoir un recul sur la langue. Et ça nous permet d'avoir une reflection métalinguistique.
  • Le bilinguisme permet une médiation pour résoudre des conflicts.

 

Pour les parents qui veulent que leurs enfants grandissent avec plusieurs langues, François Grosjean suggère un projet linguistique.

Il est important de s'informer, et il faut avoir un nombre de questions comme:

  1. Quand ajouter une autre langue?
  2. Quel approche linguistique veut-on adopter à la maison? 
  3. Est-ce que l'enfant ressentira-t'il le besoin d'utiliser chaque langue? 

 

Le besoin gouverne une grande partie du succès et il faut créer des situations naturelles pour l'enfant, pour qu'il puisse utiliser ses langues régulièrement.

Ne dévalorisez pas vos compétences linguistiques et aidez votre enfant à être fier de ses langues!

 

Can SEN children become bilingual?

One of the biggest myths when it comes to bilingualism is that it causes language delay in children. I understand that if a child is a “late speaker” or has some speech issues, teachers and parents often think that the reason for this is because the child is overwhelmed by all the languages. The first thought is, of course to drop a language… Acquiring and learning a language is not an easy task, but no matter how old the child is, the languages are usually not the reason for the problems a child has to be in the norm.


Nowadays we know that this norm encompasses a broad range of possibilities: a bilingual can start talking (articulating meaningful and recognizable sound chains) at 10 months (or earlier) or 36 months… If there are no other factors influencing a childs’ language delay, this is perfectly normal. Every child is different and processes things around him/her in his or her very personal way: even language.

What about children who are on the SEN spectrum?

Prof. Elizabeth Kay-Raining Bird of Dalhousie University in Canada is an expert in this field and she conducted a research on this matter, focussing on “children with Specific (or Primary) Language Impairment (SLI), Down syndrome (DS), or Autism Spectrum Disorder (ASD)”:


Exposing a child with developmental disabilities to two languages, the argument goes, might result in no language being learned well. This is a myth and it has been debunked through studies of typically developing children and children from our three groups. Children with developmental disabilities, regardless of diagnosis, can and do become bilingual but, unfortunately, many professionals and families are not aware of these resear
ch findings. (Interview of Elizabeth Kay-Raining Bird by Prof. François Grosjean, Supporting Bilingual Children With Special Educational Needs)

Please read the full interview here and an article about children with hearing loss and bilingualism here.

The key take aways from this research are:

  • those involved with children with developmental disabilities need to know that these children can and do become bilingual
  • their families should be encouraged to enroll them in bilingual programs and services available to other children
  • special education and bilingual education programs and services should be integrated
  • staff who work with them should be provided with training and supports etc.

Read also: François Grosjean’s blog Life as a Bilingual

For children who have a developmental language disorder (DLD), we should always “carefully consider, during the assessment procedure, the role of environmental (e.g., age of first exposure to the languages, degree of exposure, etc.) and cognitive (e.g., phonological short-term memory) factors and their potential repercussions on language development and processing. Finally, they support the usefulness of multilevel procedures of narrative analysis that significantly contribute to draw a comprehensive linguistic profile that will be pivotal to rehabilitation ()”

(please read the full study “Linguistic Skills in Bilingual Children With Developmental Language Disorders: A Pilot Study” (2019) by Andrea MariniPaola SperindèIsabella RutaChristian Savegnago, and Francesco Avanzini, here)

An international team led by UNIGE (Geneva) demonstrates “that the characteristics of bilingualism allow autistic children to compensate for certain fundamental deficits”. Like Stéphanie Durrleman concludes, “as this neurodevelopmental disorder often affects language acquisition, bilingual families tend to give up the use of one of the two languages, so as not to exacerbate the learning process. However, it is now clear that far from putting autistic children in difficulty bilingualism can, on the contrary, help these children to overcome several aspects of their disorder, serving as a kind of natural therapy”. (Please read the full article here)

  • As for the transfer of language skills from L1 to L2, this study showed that “children’s formal linguistic skills in L1 and L2 tend to be related and that their level of L1 proficiency may help to develop linguistic skills in L2.” (Linguistic transfer in bilingual children with specific language impairment, by Verhoeven LSteenge Jvan Balkom H, 2012 Mar-Apr, 47(2):176-83) 
  • As for the significance of multilingualism for children with diverse needs and benefits in inclusive education have a look at this qualitative study by Dr. Neena Dush.

    Find some more resources on the Growing Up Bilingual site.